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  • Stéphan Le Doaré

Le Pokemon de la rentrée !

Le monde va vite. Plus le temps de se poser. Plus moyen de rester 1 heure sur un sujet sans être dérangé. Tous nos petits gadgets technologiques vibrent, sonnent, « pop-up »nt pour nous avertir, nous prévenir, nous alerter. Les réseaux sociaux nous abreuvent de nouvelles toutes plus incroyables, plus intéressantes. La photo a remplacé le texte, la vidéo remplace la photo. Nous sommes sous une déferlante d’images, d’idées rapidement jetées et c’est à celle qui fera le plus de bruit de remporter la couronne, indexée sur notre nombre de « like », de vues, de « retweet » ou de « followers » gagnés. Nous sommes devenus un jus industriel plutôt que d’être concentrés comme de la tomate ...



La condition humaine glisse vers d’autres cieux, mais ne change pourtant pas. L’humain s’asservit gentiment à la machine, à la technologie, à l’artificiel en tout genre, qui lui bouffe son temps et remodèle son cerveau.

Cette rapidité en tout et de partout a de nombreux effets, mais le plus ennuyeux de mon point de vue est que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle du court-termisme à tout va, conséquence de cette accumulation de données vives actuelles, déconnectés d’un passé oublié et d’un futur impossible à regarder de haut.

Dans ce mode de pensée, l’historique est balayé. On chasse une information brûlante par une autre de façon normale dans notre quotidien. On chasse aussi de façon moins visible le passé par une multitude de présents plus sexy, plus fun. L’Histoire, la base de qui nous sommes, le « d’ou je viens », n’est plus de mise, est même ringardisée dans ce nouveau monde. Le passé étalon devient au mieux l’année écoulée, et encore... À l’autre bout de la lunette, le futur nous entraine, comme ces rapides dans lesquels on surnage, prenant le bouillon sans jamais voir bien loin. Le moyen terme n’existe plus ou très peu, et que dire du long terme ?

Continuons à défoncer les portes ouvertes par quelques exemples :

Concernant le nucléaire, il semble qu’à court terme, la demande énergétique va aller en augmentant dramatiquement. Il suffit pour s’en convaincre de compter les camions de disques durs livrés à OVH dans leur data center de Roubaix.



L’explosion des données numériques nécessite toujours plus de courant. Et aujourd’hui, seule l’énergie nucléaire peut proposer une création d’énergie sans émission carbonée associée. Il est évident qu’à moyen terme, il faut trouver d’autres solutions. La science pourra nous aider, c’est son devoir de trouver des solutions aux problèmes qu’elle a très souvent engendrés. Confondant le court terme et le moyen terme, nombreux sont ceux qui pensent pourtant qu’il est bon et urgent de sortir du nucléaire. Mais le Monde est économique. Cette option va laisser la place libre à d’autres fabricants de centrales. Et à l’heure de cette croissance énergétique, vassalisés, nous irons leur acheter l’énergie qui ne nous ne savons plus produire en paupérisant la branche scientifique qui pourrait apporter d’autres réponses. Je pourrais développer...



A court terme, le monde éducatif ne peut pas comprendre que l’apprentissage doit changer. Intégrer l’informatique comme une science (qu’elle est) ne serait pourtant pas un mal quand la réforme du bac ne le propose pas. Les doubles formations, technique et fonctionnelle, se cherchent sans se trouver. Laisser un peu de côté nos vieux auteurs (Balzac et autres Zola) et intéresser les jeunes à la lecture par des romans plus actuels serait tellement plus productif ! L’important est de donner en premier lieu envie à ces jeunes qui ont changé de manière d’être, pas de reproduire son propre schéma d’apprentissage, qui ne marche plus sauf pour se faire du bien à soi-même et mettre les jeunes dans l’embarras lorsqu’ils ont nos ancêtres dans le cartable!



Penser que le livre numérique peut aider plutôt que de bannir absolument les tablettes et charger les cartables est-il trop compliqué ? (des tablettes payées par nos impôts, soit dit en passant, et qui gavent des revendeurs informatiques pour pas grand-chose puisqu’elles ne sont pas utilisées et revendues par les élèves en fin de cursus). La peur de la technologie est multiple chez le professeur : peur d’être remis en cause dans son savoir par Google ou Wikipedia (que les 3/4 de la profession exècrent), et donc peur de perdre sa position supérieure parfois empreinte d’égo ou de narcissisme mal placé. Peur aussi de devoir travailler plus. Par exemple, les classes d’histoire-géo apprennent aujourd’hui des chiffres économiques dans des livres écrits il y a plus d’un an alors qu’une tablette peut donner les chiffres actuels qui sont parfois très différents. Le professeur devrait se remettre à jour tandis que l’apprenant se retrouve perdu entre son cours et l’actualité géopolitique : rentrant dans le jeu du diplôme, il se doit de choisir son cours...



Le court-termisme politique est encore plus affligeant. Le logiciel de Palantir installé à la DGSI dont je vous parlais dans un précédent post n’est toujours pas remplacé par un système propriétaire national, au grand dam d’un ancien directeur général de la DGSE. Le Cloud Act de Trump permet donc toujours aux Américains de consulter ces données et ça ne dérange personne. Revendre des turbines spécifiques du nucléaire (coup de poignard dans la filière), privatiser ADP et tant d’autres décisions à la vue basse quand la Chine déroule un agenda planifié jusqu’en 2049 rend muet.


Les choix s’inscrivent dans un agenda électoral à court terme. Pourtant, les politiques devraient entrevoir que des choix plus audacieux, à moyen terme, appuyés par l’expertise, leur permettraient au final de tout gagner, et pour longtemps.

Pour cette rentrée, je vous propose donc de mettre en pratique cette simple grille d’analyse : est-ce du court terme ? Est-ce du moyen terme ? Du long terme ? Et comme au jeu du même nom, on cherchera ensemble les « pokemon-go », ces prises de position à long terme qui se cachent on ne sait où !


Stéphan Le Doaré

@stephanledoare

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