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  • Stéphan Le Doaré

Les mondes engloutis

Dernière mise à jour : 22 mai 2022



Souvenez-vous, c'était en 2003. Le précurseur Philip Rosendale nous proposait un Métavers (comprenez un univers "virtuel") appelé "Second Life" dans lequel chacun d'entre nous pouvait incarner un personnage dans un monde créé par les résidents eux-mêmes. Malheureusement, la crise des Subprimes de 2007 frappera aussi de plein fouet les banques de Second Life. Aujourd'hui, la société Linden Lab qu'avait créé Philip Rosendale a revendu ce Metavers qui continue à attirer quelque 80.000 personnes.


Aujourd'hui, Facebook devenu Meta relance le principe du Metavers en se positionnant sur ce créneau des mondes virtuels. D'autres sociétés ont également pris position, soit d'une façon virtuelle, soit d'une façon très réelle.

Dans le Metavers lui-même on trouve des investissements considérables (on parle bien ici d'un univers complètement virtuel, impalpable, inexistant réellement !). Ainsi des sociétés investissent déjà des centaines de milliers d'euros dans des bâtiments ou des terrains. L'idée de ces investisseurs est de prendre position dans un monde où on présuppose une affluence de personnes dans peu de temps. Tout repose ainsi sur le marketing et la capacité à attirer le chaland, principe vieux comme les échoppes des villes romaines ou des étals des marchés locaux, bien réels. L'être doué de raison qui se connectera dans le Metavers deviendra un client, voire une proie. Surtout, son identité numérique embarquera bien plus d'informations faciles à obtenir que dans le monde réel.

Son identité numérique embarquera bien plus d'informations faciles à obtenir que dans le monde réel.

Allez demander à une personne de quelle boutique elle sort ou quels sont ses goûts dans le monde réel ! Ce qui est considéré comme une intrusion dans la vie privée sera complètement transparent dans le monde numérique. Notre identité numérique porte en elle tous ces éléments sans que nous en soyons totalement conscients...


Mais l'eldorado du Metavers viendra sans doute aussi avec son lot de nouvelles technologies bien réelles que sont les Oculus, les gilets connectés ou les gants de palpation. Nos sens sont les prochaines cibles de ces industriels, véritables "hackers" de nos cerveaux. Car le but ultime est bien celui-ci : le hacking de cerveau.

Le but ultime est bien celui-ci : le hacking de cerveau.

Et pour aller encore plus loin, le graal sera le contrôle de la sécrétion de dopamine ou de toute autre hormone pouvant créer de la dépendance, donc du profit (la dopamine est l'hormone du plaisir, l'adrénaline celle de l'action, etc...).


Déjà, la start-up espagnole, OWO Game propose en précommande des gilets "haptiques" équipés de pods vibrants. Une autre société commercialise une veste capable de diffuser des sons, des infra basses que l'on ressent directement dans notre corps. Intéressant pour les malentendants, mais encore plus dans le Metavers !

Le Reality Labs de Meta (ex-Facebook, donc) travaille de son côté sur les gants haptiques, capables de créer une réelle sensation de toucher, préparant le monde du plaisir personnel à de nouvelles aventures. De son côté, Oculus dispose d'un parc installé de plusieurs dizaines de millions de casques pour ses tests. Oui, plusieurs dizaines de millions de casques, vous avez bien lu !


Avec ces deux composants matériel et virtuel, de nombreux utilisateurs devraient se laisser tenter à découvrir le Metavers. Ludique, numérique, connectée, l'expérience a tout pour attirer sa vraie proie : le cerveau. L'objectif de captation de temps de cerveau n'est pas nouveau : Netflix, Google et tous les réseaux sociaux en ont fait leur business. Mais le Metavers va encore plus loin avec la possibilité de hacker, de tromper notre cerveau. D'une vie minable dans un appartement, on se retrouve propulsé dans des environnements imaginaires totalement fantasmagoriques. Ce "no-limit" de propositions décentes et indécentes, trompeuses et falsifiant notre réalité, va engendrer de nouveaux troubles une fois revenu à la vie réelle, celle à laquelle on ne peut échapper. On peut alors se demander si finalement, le nombre très important d'étudiants qui s'étaient un peu perdus en sociologie dans les années 90 ne vas pas finalement trouver son public, une population traumatisée par une expérience qui risque de les dépasser ?

Ce "no-limit" de propositions décentes et indécentes, trompeuses et falsifiant notre réalité, va engendrer de nouveaux troubles une fois revenu à la vie réelle

Le Metavers est aussi une nouvelle étape dans la capture des données de comportement. Une fois le projet lancé, nul doute que des quantités d'algorithmes d'intelligence artificielle viendront renforcer les analyses prospectives et les big data dont le marketing est si friand.


Tout ceci dans deux buts :

- Le premier, bien sûr, sera de vendre, de générer du profit. En fait, Facebook a bien commencé en remplaçant les cafés du coin, tout en générant bien plus de cash. On est dans une espèce de continuité dans ce que ces géants savent faire mieux que personne : vendre de l'immatériel en le faisant passer pour absolument nécessaire.

- Le second sera de se rapprocher encore du rêve transhumaniste de dépassement biologique et de vie éternelle. L'étape ultime devrait être celle du téléchargement de notre conscience humaine dans un ensemble de puces de silicones et de réseaux quantiques. La modélisation d'un programme amenant à une forme de conscience pourrait bien voir le jour au travers du Metavers car celui-ci va permettre de nourrir les algorithmes de données nouvelles et très intimes que les échanges "limités" des réseaux sociaux n'ont pas encore déflorés.

Le Metavers va permettre de nourrir les algorithmes de données nouvelles et très intimes que les échanges "limités" des réseaux sociaux n'ont pas encore déflorés.

Quand on pense que les neurones sont présents chez tous les animaux à l'exception des éponges et des placozoaires et que le transistor date "seulement" de 1947, le rapport "efficacité/temps de développement" laisse songeur.


Alors, nous retrouverons-nous un jour transférés ou sauvegardés dans des transistors ? Le monde physique que nous connaissons sera-t-il encore assez intéressant ou sera-t-il englouti lui aussi par un Metavers qui deviendrait le seul espace qui vaille la peine ? Et ne parlons pas de propagande, de contrôle de population, de marché économique captif... tous ces termes réservés à la science-fiction...


Stéphan Le Doaré

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