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  • Stéphan Le Doaré

Stellantis vend ses données au diable

Le 16 janvier 2021, soit il y a moins d'un an, naissait Stellantis, fusion entre PSA et Fiat Chrysler automobile et 6ème groupe mondial du secteur automobile. Une seule année d'existence dans laquelle quelques mois auront suffit pour conclure, en ce mois de janvier 2022, un pacte avec le diable portant sur nos informations de circulation. Ainsi, Alexa, le chatbot du géant américain Amazon va prendre place à côté de tout conducteur dans l'habitacle des futurs véhicules qui sortiront des usines de Stellantis.

Alexa, le chatbot du géant américain Amazon va prendre place à côté de tout conducteur

Dans ce "Smart Cockpit" (ou "cockpit intelligent"), la douce voix d'Alexa permettra de commander de nombreuses fonctions, son Intelligence Artificielle assistera le conducteur dans de nombreuses fonctionnalités telles que le GPS, la climatisation, le multimédia, etc...



Certes, la concurrence est rude. Tesla, emmenée par Elon Musk, propulse déjà ses véhicules électriques à travers le monde, accumulant depuis la sortie en juin 2012 du premier "Model S" de nombreuses données d'expérience utilisateur. Et donc, Stellantis se devait d'entrer dans la course, avec déjà beaucoup de retard. Mais qui dit données, dit Intelligence Artificielle, dit aussi éthique des données, géopolitique et économie de la donnée.

En terme géopolitique tout d'abord, voila encore une fois une domination du A des GAFA, le géant Amazon. Le contrat n'est pas seulement un contrat d'équipement du ChatBot par la société mère. AWS (Amazon Web Services), une des sociétés composant le groupe Amazon, contractualise aussi dans le même document toute la partie support et gestion technique. C'est donc, finalement, AWS qui détiendra toutes les données utilisateur.

C'est AWS qui détiendra toutes les données utilisateur.

Ces données, comme le savent mes lecteurs, sont l'or noir de l'Intelligence Artificielle. Ce sont elles qui alimentent les algorithmes et qui permettent d'améliorer les programmes de manière itérative.



Economiquement, le principe de la "mise à jour" apparait donc aussi dans le domaine automobile. La récurrence obligatoire de paiement est un modèle économique phare de ces dernières années. Il a pour principe de prendre l'utilisateur en otage d'un outil (matériel ou logiciel) intrinsèquement doué d'obsolescence programmée. Le numérique (mais pas que) se prête idéalement à cette forme de vente dont l'avantage évident est de refaire passer à la caisse chaque année l'utilisateur pris en otage de son produit adoré.



D'un point de vue éthique, il faut bien considérer ici la pénétration encore renforcée d'un système d'écoutes dans la sphère privée, tout ceci de manière totalement légale. Vous signerez bien sur les conditions générales de vente, sans lesquelles votre voiture ne sera pas opérationnelle et vous serez écouté, suivi, puis analysé dans vos habitudes.

Vous serez écouté, suivi, puis analysé dans vos habitudes.

Pire, ce n'est pas votre propre pays qui collectera ces données mais Amazon et ses filiales. Alexa pose déjà un certain nombre de questions dans les foyers mais sa préemption de la vie privée s'étendra donc maintenant dans la première extension de l'habitation privée : l'habitacle de notre voiture.


Ce contrat protéiforme prévoit en outre un système d'assurances particulier, qui devrait voir le jour cette année aux Etats-Unis. 12 millions de véhicules Stellantis connectés sont déjà sur les routes. Ce chiffre devrait passer à 26 millions en 2026 puis à 34 millions en 2030. La stratégie semble imparable : trustant les différents marchés de l'I.A., de la gestion des données et de leur sécurité, aucun concurrent européen n'est capable de répondre à un tel appel d'offres.


J'aurais préféré qu'une telle envie de la part d'un constructeur européen tel que Stellantis génère des spin-off (des start-ups issues de la maison mère) tant dans l'I.A. que dans la Big Data ou la sécurité informatique. Quitte même à découper le contrat et imposer différentes tranches indépendantes. Quitte même à perdre encore un an (même si on se peut se demander pourquoi un tel essaimage de "jeune pousse" n'est pas déjà fait)

il n'y a aucune volonté de créer en Europe des sociétés capables d'entrer en compétition avec les mastodontes américains.

On voit encore dans cette affaire qu'il n'y a véritablement aucune volonté réelle de créer en Europe des sociétés capables d'entrer un jour en compétition avec les mastodontes américains.

Comme le dit Laurent Alexandre, il ne fait malheureusement plus aucun doute que nous soyons voués à devenir les vassaux numériques des poids lourds en place.

c'est diablement dommage.


Stéphan Le Doaré

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