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  • Stéphan Le Doaré

Intimes automates


J'abordais dans différents articles l'arrivée de chatGPT dans le grand public, ainsi que la multiplication de programmes associés. Ces programmes, chapeautant en quelque sorte le moteur d’Intelligence Artificielle (I.A.), utilisent sa puissance pour découper un problème en plusieurs questions. Ainsi, itération après itération, question après question, le programme permet d'apporter une réponse plus "puissante", plus plausible que celle proposée par exemple par chatGPT seul.

Et voici qu'apparaît LLaMA, l'I.A. développée par META

Et voici qu'apparaît LLaMA, l'I.A. développée par META (ex-Facebook), et qui possède deux caractéristiques différentes de chatGPT.


C'est d'abord un outil open source, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de licence, pas de paiement, pour l'utiliser. Cette ouverture gratuite à une I.A. puissante a d'ailleurs valu au patron de LLaMA, Mark Zuckerberg, de recevoir au lancement de cette I.A. en février 2023 une lettre émanant de deux sénateurs américains pour l'avertir des nombreux risques potentiels à lancer dans la nature une I.A. "gratuite".

La deuxième différence est que l'ensemble algorithmique de LLaMA est plus petit que celui de chatGPT, avec moins de paramètres de contrôle (13 milliards de paramètres pour LLaMA tout de même contre 175 milliards pour chatGPT). Ainsi, LLaMA est plus "abordable" en termes de codage, et est plus puissant, car moins gourmand en calculs.

Les deux sénateurs auteurs de la lettre au DG de META (ex-Facebook) voient dans la mise à disposition du code de LLaMA une menace quant à l'explosion de fakenews, de virus codés par l'I.A., d'escroqueries en tout genre, de mails pourriels, etc. Ils ont d'ailleurs oublié dans ce tableau l'industrie de l'intime, qui est pourtant une base, un socle, une sorte de Graal de tous les « stockeurs » de données.


La donnée, l'or noir du XXIème siècle, est très souvent prise dans sa globalité. Pourtant, un nouveau "Mendeleïev" pourrait se lever et dresser un nouveau tableau périodique des éléments de donnée. A y regarder plus précisément, on verrait alors différents composés dont l'or ne serait que l'un des métaux présents. Pour être plus clair, la donnée n'a pas la même valeur selon qu'elle contient des informations globales et anonymes, de position GPS ou de comportement personnel. La donnée la plus recherchée, la plus « bankable » et la plus sujette à critique éthique, est à mon avis celle de notre intime. Celle qui permet à une société de définir très précisément ce que nous aimons, pourquoi et quand nous aimons, quelles sont nos attentes, quelles sont nos questions existentielles.

La donnée la plus « bankable » est celle de notre intime.

Permettez-moi ici un petit retour en arrière. Demis Hassabis, cofondateur de DeepMind, crée le logiciel AlphaGo, une I.A. qui créera un moment Spoutnik chez les Chinois quand leur champion de Go Lee Sedol mord la poussière face à ce logiciel en mars 2016. DeepMind s'était fait racheter en 2014 par Alphabet (nouveau nom de la maison mère de Google). Après diverses itérations de cette I.A., améliorée d'abord pour les jeux (le Go, les Échecs, Warcraft II...), DeepMind lance AlphaFold, une I.A. de prédiction de la conformation 3D de la structure des protéines.

Et voilà qu'en juin 2023, l'ancien dirigeant de Google DeepMind, Mustafa Suleyman, vient de lever 1,3 milliard de $ auprès de Microsoft, nVidia (fabriquant de puces graphiques dont l'I.A. est friande), Bill Gates ou encore Éric Schmidt (l'ancien CEO de Google) pour sa nouvelle startup, Inflection AI, créée à peine un an plus tôt.


C'est ici que nous revenons au sujet qui nous intéresse dans cet article. Car Inflection IA a pour objectif de développer un chatbot (lancé en mai 2023) dénommé PI. L'idée est que les agents conversationnels seront les interfaces de demain et PI sera «un agent de conversation axé sur la gentillesse et l’empathie».

PI sera «un agent de conversation axé sur la gentillesse et l’empathie»

Quoi de mieux pour collecter la donnée ultime, celle de notre intimité. Quoi de mieux qu'une bonne conversation avec une sorte de super-journal intime avec lequel on peut tout dire, tout écrire ? On est très proche du film 'Her" que je ne peux que vous conseiller de visionner, à ce stade de mon propos.


C'était sans compter l'industrie du sexe, combo "rouleau compresseur et machine à cash" qui n'a pas l'intention de regarder le train de l'I.A. passer. Le conversationnel, c'est bien, mais le porno, c'est quand même plus payant. Et voici donc "Allie", un programme codé lui aussi en open source (donc librement téléchargeable, consultable, modifiable) qui, se servant de la puissance de LLaMA, permet de générer par exemple des images pédopornographiques à partir d'images (réelles celles-ci) d'enfants.


Comme je le disais, ceci est rendu possible par le "décloisonnement" des limites de LLaMA, qui n'est pas contraint par des "normes éthiques" propres au codage d'autres I.A. telles que chatGPT, des normes discutables, mais présentes dans ces programmes conversationnels.

Le milieu du sexe, très présent sur Internet, est évidemment en éveil face à ces nouvelles technologies et réfléchit beaucoup à comment proposer des contenus toujours plus automatiques et toujours plus adaptés à son public.

Jusqu'alors, chatGPT, développé selon Elon Musk avec "des biais wokistes" et une censure assez proche du puritanisme américain, ne permettait pas à ces nouveaux "travailleurs du sexe" de se servir de ces algorithmes puissants pour proposer des contenus à valeur sexuelle suffisamment "ajoutée", dirons-nous. Replika ou chatGPT ne peuvent pas générer des dialogues intimes à cause de la censure qu'ils embarquent. Cet interdit tombe avec LLaMA, plus ouvert.


Ajoutons à cela l'arrivée de gilets connectés (gilets haptiques), de gants et d'oculus, et vous aurez le dessin du monde qui vient. Un monde d'utilisateurs connectés à un cordon ombilical numérique les abreuvant d'informations adaptées à leurs besoins de jouissance et de plaisir, de l'autre un monde économique reconvertit en "élevage d'humains" nourris à la pensée génératrice de dopamine et autres hormones dont la récolte sera la "data intime".

Un monde d'utilisateurs connectés à un cordon ombilical numérique les abreuvant d'informations

Ce modèle a déjà commencé avec l'avènement de la "série que j'ai commencée hier soir et qui est vraiment géniale, je regarde la suite ce soir". Rappelons-nous aussi qu'il n'a fallu que dix ans pour qu'un smartphone devienne un objet indissociable de notre main.

On peut raisonnablement penser que le phénomène de réification ou de déshumanisation déjà visible avec la pornographie au plus jeune âge devrait alors s'amplifier, avec une perte d'empathie et une détérioration des relations réelles encore plus importante.

Il devrait y avoir du travail pour tous les psychologues qui s'inquiétaient du manque de débouchés de leur profession dans les années 2000.

Mais au bout du compte, à force de lobotomiser virtuellement une population, que pourra-t-elle bien produire comme données ? Ne sommes-nous pas en train de changer de l'or en plomb avec ces technologies ?

Le monde de l'intime s'ouvre comme une fleur face à ces technologies envahissantes.

Un monde qui restera toujours à découvrir pour les indécrotables romantiques, à coloniser absolument pour les businessmen dans leurs tours de verre climatisées.


Stéphan Le Doaré



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